Maman était très attachée à ses mots croisés et à ses sudoku.
Chaque semaine, elle attendait avec impatience son magazine, notamment pour les quelques pages de grilles qu’elle aimait remplir. Elle utilisait aussi de petits carnets remplis de sudoku, qu’elle complétait avec une rapidité impressionnante.

Un jour, je lui ai proposé d’essayer une tablette.
L’idée de départ était très simple : sur une tablette, elle pourrait avoir accès à des grilles presque infinies. Plus besoin d’attendre le magazine de la semaine suivante. Plus besoin d’acheter sans cesse de nouveaux carnets. Les jeux étaient là, disponibles à tout moment.
Un objet qui devient peu à peu central
Au départ, je pensais uniquement aux mots croisés et aux sudoku. Mais très vite, la tablette est devenue bien plus qu’un support de jeux.
Nous avons choisi une tablette équipée d’une carte SIM. Elle pouvait donc recevoir des appels comme un téléphone. Nous avons ensuite fait dévier la ligne fixe vers cette tablette.
Pour les personnes qui appelaient, rien ne changeait : elles composaient toujours le même numéro. Mais pour maman, c’était beaucoup plus simple. Plus besoin d’aller chercher le téléphone fixe dans une autre pièce. Tout arrivait directement sur la tablette.
Cette redirection coûtait très peu cher, environ un euro par mois chez l’opérateur, mais elle simplifiait énormément le quotidien.
Téléphone, messages, photos et appels vidéo
Petit à petit, la tablette est devenue un véritable petit centre de communication.
Nous y avons installé WhatsApp, Messenger et les applications nécessaires pour recevoir des messages, des photos et faire des appels vocaux ou vidéo.
Un groupe familial a permis d’envoyer des photos, de partager des nouvelles, de maintenir un lien plus vivant. Le mail, lui, était beaucoup moins utilisé. Les applications de messagerie étaient plus directes, plus simples et plus naturelles.
Recevoir une photo, entendre une voix, voir un visage, cela peut sembler banal. Mais lorsque la mobilité diminue ou que la personne passe davantage de temps seule, ces petites interactions reprennent une importance énorme.
Une interface plus simple qu’un ordinateur
La tablette a un grand avantage : elle supprime beaucoup de freins techniques.
Il n’y a pas de souris. Pas de clavier compliqué. Pas de bureau rempli de fenêtres. Tout se passe sur l’écran.
On touche directement ce que l’on veut ouvrir. On appuie sur une icône. On fait glisser un doigt. Pour beaucoup de personnes âgées, c’est beaucoup plus intuitif qu’un ordinateur classique.
Et avec la dictée vocale, même le clavier devient moins nécessaire.
Quand maman a compris qu’elle pouvait poser une question simplement en parlant à la tablette, cela a vraiment changé son usage. Elle pouvait chercher un mot, une définition, une information, une aide pour une grille ou une réponse à une question du quotidien.
Les jeux : bien plus qu’une occupation
Les mots croisés et les sudoku ont occupé une place très importante dans son quotidien.
Mais la tablette ajoutait quelque chose que le papier ne peut pas offrir : l’interactivité.
Les applications donnent parfois des encouragements, des scores, des niveaux, des récompenses. Elles permettent aussi de revenir en arrière, de corriger une erreur, de recommencer, de progresser.
Ce n’est pas seulement une grille que l’on remplit. C’est un petit dialogue permanent entre la personne et l’outil.
Maman en faisait énormément. Plusieurs centaines de grilles par mois. À tel point que j’ai fini par installer un contrôle parental, non pas pour l’empêcher, mais pour éviter qu’elle ne passe trop de temps sur une seule activité.
Varier les activités reste important
La tablette peut être très utile, mais elle ne doit pas devenir l’unique activité de la journée.
Avec le recul, je pense qu’il est important d’encourager une alternance : jeux, discussions, musique, photos, appels, lecture, repos, petits mouvements, changement de position.
Après 45 minutes ou une heure de concentration, il peut être utile de changer d’activité. Cela permet de limiter la fatigue visuelle, mentale et physique.
Un outil d’autonomie pratique
La tablette a aussi servi pour des démarches du quotidien.
Lorsque la banque a supprimé l’envoi papier des extraits de compte, il a fallu trouver une solution. La tablette permettait de consulter certains documents, de vérifier des informations, de lire des messages importants ou de transmettre une demande.
Tout ne devenait pas simple pour autant. Il fallait accompagner, répéter, réexpliquer. Mais la tablette offrait une porte d’entrée plus accessible que l’ordinateur.
La montre connectée : un complément rassurant
Nous avons aussi utilisé une montre connectée avec carte SIM.
Cette montre permettait d’avoir un téléphone au poignet, sans devoir penser à prendre un GSM avec soi. Elle intégrait aussi un détecteur de chute.
En cas de chute, je pouvais être alerté automatiquement et entrer rapidement en contact avec maman pour comprendre la situation.
Certaines alertes étaient bénignes. D’autres beaucoup plus sérieuses. Lors de sa dernière grande chute, la montre a même été détruite par le choc. Cela montre aussi les limites de ces technologies.
Mais malgré ces limites, cet outil a été très rassurant. Il ne remplaçait pas la présence humaine, mais il ajoutait une sécurité supplémentaire.
La technologie ne remplace pas l’humain
Il ne faut pas idéaliser ces outils.
Une tablette demande de l’accompagnement. Il faut montrer, répéter, simplifier, parfois réinstaller une application, retrouver un mot de passe, expliquer à nouveau une fonction déjà vue la veille.
Mais si l’on avance progressivement, en choisissant seulement quelques usages utiles, la personne peut réellement intégrer l’outil dans son quotidien.
Le plus important n’est pas d’utiliser toutes les fonctions. Le plus important est de choisir celles qui apportent quelque chose : communiquer, jouer, chercher une information, recevoir des photos, appeler facilement, être rassuré.
Un compagnon du quotidien

Avec le recul, je pense que la tablette est probablement l’un des outils numériques les plus intéressants pour accompagner le vieillissement.
Elle est plus confortable qu’un smartphone, plus simple qu’un ordinateur, et plus polyvalente qu’un téléphone classique.
Associée à une carte SIM, à quelques applications bien choisies, à la dictée vocale et éventuellement à une montre connectée, elle peut vraiment faciliter le quotidien.
Elle ne fait pas tout. Elle ne remplace ni les proches, ni les soins, ni la présence. Mais elle peut redonner de l’autonomie, de l’occupation, de la stimulation et du lien.
Et dans les ces moments de la vie, ces petites choses comptent énormément.


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