Dans certaines générations, on ne s’embrassait pas. On ne se prenait pas dans les bras. Les sentiments existaient, mais ils s’exprimaient rarement par le contact physique. J’ai choisi de transgresser cette règle silencieuse. Et j’ai découvert combien le toucher est essentiel.
Même si vous n’avez jamais eu l’habitude de prendre vos parents dans vos bras, osez le faire. Même une seconde est déjà une nouvelle étape lorsqu’on part de zéro. Puis, au fil du temps, on découvre que le toucher apaise, rassure et réconforte. Il fait du bien à celui qui reçoit… mais aussi à celui qui donne.
Lorsque l’étreinte se prolonge, quelque chose de profond se passe. Les mots deviennent presque inutiles. On ressent la chaleur de l’autre, sa respiration, les battements de son cœur. On se rassure mutuellement. Ce n’est plus seulement une étreinte : c’est une présence. Dans ce silence, on communique parfois bien davantage qu’avec de longues conversations.
J’ai eu la chance de franchir, avec ma petite maman, de nombreuses étapes. La prendre dans mes bras pour lui dire bonjour. Lui tenir la main pendant nos promenades. Marcher bras dessus, bras dessous. Remonter doucement sa couverture avant la nuit et la couvrir de baisers. La porter jusqu’à son lit, l’aider à s’installer dans sa chaise, l’accompagner aux toilettes, lui donner une douche, la laver avec douceur.
J’ai même eu le bonheur de nager avec elle. Un jour, à la piscine, je l’ai portée dans l’eau, alors que c’était elle qui, des années auparavant, m’avait appris à nager. La vie avait simplement inversé les rôles.
Puis est venu ce dernier jour. Après ce qui ressemblait à un accident vasculaire cérébral, je l’ai serrée très fort contre mon cœur. Je lui ai murmuré une dernière fois :
« Tu sais que je t’aime. »
Aujourd’hui encore, je mesure la chance immense d’avoir osé tous ces gestes. Ils n’ont pas changé l’issue de son histoire. Mais ils ont changé la mienne. Ils m’ont permis d’accompagner ma maman jusqu’au bout avec toute la tendresse dont j’étais capable. Ils ont remplacé d’éventuels regrets par une profonde paix intérieure.
Si vous retenez une seule chose de ce témoignage, que ce soit celle-ci : n’attendez pas.
Prenez la main de votre maman, de votre papa, de votre conjoint, de vos enfants ou de ceux que vous aimez. Serrez-les dans vos bras. Dites-leur que vous les aimez, tant que vous pouvez encore le faire.
Un jour, les mots ne seront peut-être plus possibles. Mais la douceur d’une main, la chaleur d’une étreinte et la force d’un dernier câlin resteront gravées dans le cœur de celui qui part… et dans celui qui reste.
Si, en refermant cet article, vous avez envie de prendre votre maman ou votre papa dans vos bras, ne remettez pas cela à demain. Ce geste ne coûte rien. Pourtant, il peut devenir l’un des plus précieux souvenirs de toute une vie.


Be First to Comment