Il faut les rehausser… et pouvoir s’accouder
Quand je repense à certains souvenirs d’enfance, je réalise aujourd’hui à quel point notre mobilier influence notre corps, notre autonomie… et parfois même notre sécurité.Mes parents, jeunes mariés, s’étaient installés dans la maison qui deviendra la maison familiale de mon enfance. Le salon était composé de ces fameux fauteuils en mousse très à la mode à l’époque. Enfant, je les trouvais extraordinaires : moelleux, amusants, presque comme des coussins géants dans lesquels on pouvait se jeter.Mais ces fauteuils avaient aussi un défaut : on s’y enfonçait littéralement.Je me souviens encore d’un jeu avec mon frère. En voulant lui échapper, j’ai basculé de l’autre côté du fauteuil, la mousse s’écrasant complètement sous mon poids. Résultat : trois points de suture… et un souvenir qui me revient aujourd’hui avec une toute autre lecture.Avec l’âge, on comprend que ce type d’assise extrêmement molle est loin d’être idéal. Certes, elle donne une impression de confort immédiat, mais elle demande un effort important pour se relever. Et ce problème devient majeur lorsque la force musculaire diminue, lorsque les douleurs articulaires apparaissent ou lorsqu’un équilibre devient plus fragile.Les ergonomes et spécialistes du vieillissement rappellent régulièrement qu’un siège trop bas ou trop souple augmente les difficultés pour se lever et peut accroître le risque de chute.
Des fauteuils confortables… mais piégeux
Cinquante ans plus tard, les fauteuils en mousse avaient disparu de la maison familiale. D’autres salons avaient pris leur place, plus modernes, plus élégants aussi. Ma mère avait choisi des fauteuils qu’elle trouvait très confortables.Mais progressivement, ils sont devenus difficiles à utiliser car trop bas.Je la voyais fournir un effort de plus en plus important pour s’en extraire. Le problème n’était pas seulement son âge : c’était aussi la hauteur du siège.Un jour, nous avons simplement ajouté de petits pieds rehausseurs, d’un peu moins de dix centimètres. Le changement a été spectaculaire.Le fauteuil n’était pas devenu moins confortable. Mais il permettait enfin de se relever avec beaucoup moins d’effort.
Quand les chutes deviennent un signal d’alarme
Je me souviens aussi de ces bruits soudains dans la maison. Des sons secs, lourds, très impressionnants.
Au début, je ne comprenais pas immédiatement ce qu’il se passait: maman était tombée à côté de sa chaise en essayant de s’asseoir ou de se relever.Parfois elle arrivait à se relever seule. Parfois non. Même lorsque la chute semblait « légère », elle se faisait souvent très mal. Les coups à la tête sont particulièrement impressionnants.J’ai dû soigner plusieurs de ses blessures et ces moments restent marquants. C’est d’ailleurs à cette période que nous avons commencé à comprendre que le problème n’était pas seulement la fatigue ou l’âge, mais aussi l’environnement et le mobilier lui-même (on reparlera de la réalisation d’un audit par un ergothérapeute).
Les accoudoirs : un détail qui change tout
Nous avons alors remplacé certaines assises par des chaises équipées d’accoudoirs. Et très rapidement, nous avons constaté une différence importante.On parle souvent du confort d’une chaise ou d’un fauteuil, mais beaucoup moins de la sécurité du mouvement pour s’y asseoir… et surtout pour s’en relever.Les accoudoirs jouent un rôle fondamental. Ils ne servent pas seulement à poser les bras lorsque l’on est assis. Ils permettent surtout de sécuriser le mouvement au moment où l’on s’installe ou lorsque l’on veut se relever.
Très souvent, les personnes âgées cherchent instinctivement un point d’appui stable avant de s’asseoir. Identifier clairement les accoudoirs à gauche et à droite permet de contrôler la descente du corps et d’éviter une chute brutale dans le siège.Le même principe vaut pour le relevage : pousser avec les bras réduit fortement l’effort demandé aux jambes et améliore la stabilité.Certaines vidéos pédagogiques montrent très bien cette technique simple consistant à :
- approcher la chaise ;
- sentir les accoudoirs avec les mains ;
- reculer doucement jusqu’au contact du siège ;
- descendre progressivement en contrôlant le mouvement.
Le rôle très utile du rollator
Plus tard encore est venue une autre étape : celle du rollator.Au départ, comme beaucoup de familles, nous avions une certaine réticence. On associe souvent cet objet à une perte d’autonomie alors qu’en réalité, il permet souvent d’en préserver une partie beaucoup plus longtemps.Le rollator apporte un soutien stable à gauche et à droite. Cette « petite charrette » devient rapidement très utile dans les déplacements du quotidien, même à l’intérieur d’une maison.Bien sûr, il faut parfois adapter légèrement les lieux :
- déplacer certains meubles ;
- élargir un passage ;
- retirer un tapis ;
- éviter les obstacles inutiles.
Mais une fois ces adaptations réalisées, l’usage devient souvent très naturel.Et certains modèles présentent un avantage particulièrement intéressant : ils peuvent aussi servir de siège.En quelques secondes, on bloque les roues, on retourne l’assise… et l’on dispose immédiatement d’un endroit sécurisé pour se reposer.Lorsqu’une fatigue soudaine apparaît, cette possibilité change énormément de choses.Avec le temps, le rollator peut même devenir la chaise utilisée à table. Cela évite certains transferts fatigants entre une chaise classique et l’aide à la marche.Là aussi, ce qui surprend souvent, c’est la rapidité avec laquelle l’habitude s’installe. Une fois l’aspect psychologique dépassé, beaucoup de personnes découvrent surtout… un gain de confort et de sécurité.Et finalement, ce rollator réunit plusieurs éléments essentiels :
- une bonne hauteur d’assise ;
- des accoudoirs naturels ;
- une stabilité importante ;
- un soutien permanent dans les déplacements.
La même logique vaut pour… les toilettes
On ose rarement en parler, et pourtant c’est un sujet extrêmement concret.Des toilettes trop basses deviennent rapidement un obstacle quotidien.Là aussi, quelques centimètres supplémentaires ou l’ajout d’accoudoirs peuvent transformer une situation difficile en geste simple et sécurisé.De nombreux ergothérapeutes recommandent d’ailleurs des rehausseurs de WC dans certaines situations de perte de mobilité ou après une opération de hanche ou de genou.
Adapter le mobilier plutôt que subir
Ce qui me frappe avec le temps, c’est que beaucoup d’aménagements utiles ne sont ni compliqués ni très coûteux.Parfois, il suffit :
- de rehausser un fauteuil ;
- d’ajouter des accoudoirs ;
- de stabiliser une chaise ;
- de remonter un four ou un lave-vaisselle ;
- d’éviter de devoir se pencher profondément dans une armoire basse ;
- de rendre les objets du quotidien accessibles à bonne hauteur.
Cette logique rejoint les principes du « design universel » et de l’adaptation du logement au vieillissement, défendus notamment par l’Organisation mondiale de la santé dans ses travaux sur les environnements favorables au vieillissement.Le véritable confort n’est peut-être pas celui dans lequel on s’enfonce.C’est peut-être simplement celui qui nous permet de continuer à nous asseoir… et à nous relever seuls.
Sources et références
- Centre for Ageing Better – recommandations sur l’adaptation du logement et le vieillissement
- Organisation mondiale de la santé – Vieillissement et santé
- INRS – prévention des chutes, ergonomie et sécurité
- Portail officiel français pour les personnes âgées – aides techniques et adaptation du logement
- Exemples de vidéos pédagogiques : comment s’asseoir et se relever avec des accoudoirs


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